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MISE AU POINT AU SUJET DU
PROGRAMME PGBP ET DES CRÉDITS MAINPRO-C

Ce bulletin de nouvelles présente la philosophie et les concepts éducatifs sous-jacents au programme d'apprentissage PGBP. Il décrit aussi comment on peut appliquer ces concepts à l'évaluation des réunions des PGBP. De plus, il reprend les aspects du programme qui permettent d'obtenir des crédits MAINPRO-C et fournit quelques exemples pratiques («histoires de cas») pour illustrer la façon dont ces concepts se traduisent dans des situations de la vie de tous les jours.

Le programme PGBP avec sa particularité d'échange entre collègues a marqué un changement significatif par rapport à la formation médicale continue traditionnelle qui est, le plus souvent, fondée sur l'information ou l'opinion d'experts, un type de formation continue que nous connaissons bien. L'approche du PGBP inclut un certain nombre de concepts éducatifs et de processus d'apprentissage vraiment différents de ceux utilisés par la formation médicale continue traditionnelle; nous croyons que ces différences sont rationnelles et substantielles, et constituent un apport précieux à l'autoformation des médecins de famille. Par contre, ces différences ne nous semblent pas toujours si évidentes en soi. De plus, même quand elles nous apparaissent évidentes, elles ne semblent pas pour autant si rationnelles.

Il est parfois difficile, long et même frustrant d'essayer de penser d'une manière différente de celle que l'on nous a enseignée. Les vieilles habitudes et croyances sont souvent ardues à changer même chez les personnes prêtes à entreprendre ce changement. Une des principales difficultés, du moins au tout début, consiste à bien exprimer notre compréhension de nouveaux concepts et à pouvoir la partager avec les utilisateurs. Même si nous en sommes les concepteurs, la plupart du temps nous n'avons pas le vocabulaire adéquat pour bien décrire ces nouveaux concepts. Je crois que ceux et celles qui ont participé au développement de la théorie et de la pratique de l'approche du PGBP ont fait d'énormes progrès dans la façon d'élaborer de nouveaux concepts. Par contre, nous avons peut-être failli à vous transmettre une analyse raisonnée de nos activités et les connaissances intuitives qui en ont résulté. Notre intention, aujourd'hui, est de remédier à cette situation et ce bulletin constitue la première étape de ce processus.

DEUX DÉFINITIONS TRÈS IMPORTANTES

APPRENTISSAGE BASÉ SUR LA RÉSOLUTION DE PROBLÈME (abp) est essentiellement de l'apprentissage contextuel. L'abp définit les objectifs d'apprentissage en fournissant l'information pour résoudre un problème tel qu'il apparaît dans un contexte de pratique clinique. La théorie sur laquelle se base l'abp est que l'information est stockée et rappelée «en fragments» d'information interreliés contrairement aux matières médicales traditionnelles monolithiques comme l'anatomie, la pathologie ou la physiologie où on espère que l'étudiant saura retrouver par lui-même, au besoin, l'information nécessaire 1.

APPRENTISSAGE BASÉ SUR LA PRATIQUE (ABP) correspond à l'abp mais ajoute à ce concept en incluant dans les «fragments» d'information interreliés, des notions liées à l'organisation de la pratique (p. ex. les limitations de temps et de disponibilité) en plus de celles liées à l'application des connaissances scientifiques générales aux problèmes particuliers d'un patient. Ce genre d'apprentissage constitue un défi de taille pour les médecins en exercice 2. L'ABP essaie de fournir des habiletés aux apprenants pour qu'ils considèrent l'information scientifique dans le contexte de leur pratique où l'information sera utilisée mais où les contraintes de temps et la complexité du problème vont beaucoup plus influencer le processus de décision que l'information scientifique elle-même.

Les groupes PGBP sont des groupes d'apprentissage autogérés de médecins de famille qui se réunissent sur une base volontaire. Le premier objectif de ces groupes est d'aider les membres, collectivement et individuellement, à maintenir et à améliorer leurs compétences professionnelles tout au long de leur pratique. Le programme PGBP a été reconnu par le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) pour l'obtention des crédits Mainpro-C puisqu'il rencontre les critères de ces crédits. Les critères particuliers qui ont guidé l'élaboration et l'utilisation de notre matériel éducatif sont les suivants:

  • les participants sont activement engagés dans le processus d'apprentissage
  • l'agenda et le processus d'apprentissage demeurent la responsabilité des médecins participants
  • l'apprentissage est basé sur la pratique
  • l'information fournie est basée sur une évaluation critique de renseignements médicaux et donc, fiable
  • l'apprentissage est autant basée sur l'expérience que sur les connaissances intellectuelles
  • les participants peuvent reprendre une discussion antérieure après avoir essayé de nouvelles idées dans leur pratique
  • le processus comprend l'autoévaluation
  • le matériel de formation est produit par des médecins de famille
  • les comités de rédaction sont constitués de médecins de famille cliniciens
  • au besoin, les médecins de famille et spécialistes universitaires fournissent leur soutien scientifique et pédagogique dans l'élaboration des activités de formation.

Le CMFC croit que ces critères constituent les éléments essentiels d'un apprentissage «réflexif» et basé sur la pratique. Ce type d'apprentissage est la base du programme de Maintien de la certification et c'est ce qui a permis au programme de PGBP d'obtenir des crédits MAINPRO-C. Il faut souligner que l'approbation s'applique à l'ensemble du programme et non aux réunions individuelles des groupes. Le nombre de crédits MAINPRO-C accordés au membre d'un groupe correspond au nombre d'heures de réunion en autant que les réunions se déroulent selon l'esprit du programme en utilisant son matériel de formation et ses méthodes.

Ces critères peuvent aussi être utilisés comme guide de validité d'un processus éducatif en groupe lorsqu'on n'utilise pas un module PGBP. Même si cela semble évident, en pratique, ce n'est pas si simple. Les groupes éprouvent souvent de la difficulté à évaluer les réunions où ils n'ont pas utilisé le matériel éducatif produit par le programme PGBP. Les suggestions suivantes peuvent vous aider:

Les articles scientifiques

Quelqu'un apporte un article à discuter pendant toute une réunion du groupe. On peut obtenir des crédits Mainpro-C si la revue de l'article essaie de répondre à une question soulevée lors d'une précédente histoire de cas et que la discussion porte sur ce problème particulier dans un contexte de pratique ou de suivi d'un patient. Si l'article a été apporté simplement parce qu'il est récent et qu'il présente des éléments intéressants, et si la discussion se limite à l'information contenue dans l'article comme on le fait habituellement dans un « club de revue critique d'articles», cette activité correspond à des crédits Mainpro- M1.


Les spécialistes

Le programme PGBP encourage beaucoup ses participants à utiliser des spécialistes comme personnes-ressources. Encore faut-il les utiliser de façon adéquate, c'est -à- dire des sources d'information qui peuvent répondre à des questions spécifiques soulevées lors de discussion d'histoires de cas. Les spécialistes de votre communauté sont, en général, les personnes-ressources les plus efficaces.

L'esprit de l'ABP sera respecté si le spécialiste vient répondre à des questions particulières soulevées lors de discussions d'histoires de cas des modules du programme PGBP ou soumises par un membre du groupe, et que la discussion se limite à ces questions particulières. Par contre, l'ABP ne pourra être respectée si le spécialiste fait une présentation scientifique magistrale basée sur l'information ou préside une discussion d'histoires de cas qui ne sont pas réellement représentatives de la communauté de votre groupe.

L'étape primordiale pour que la visite d'un spécialiste soit une réunion productive est de bien définir à l'avance les besoins et les attentes de votre groupe. Si le spécialiste connaît très bien le problème clinique à discuter et les questions non résolues par votre groupe qui lui seront posées, il y a plus de chances que le résultat de la réunion satisfasse tout le monde. Puisque la plupart du temps on demande aux spécialistes de donner une conférence de FMC, il serait utile de bien spécifier au spécialiste invité que le groupe ne désire pas de conférence portant sur les questions qui lui ont été transmises.

Une façon d'exercer un bon contrôle de votre agenda éducatif consiste à discuter tout d'abord des problèmes cliniques en fonction de votre propre expérience et à noter les questions laissées sans réponse. Transmettez ensuite ces questions à un spécialiste choisi, idéalement de personne à personne, et invitez-le à venir participer à votre prochaine réunion pour discuter de ces problèmes cliniques. Ayez toujours en tête qu'un spécialiste est un expert des aspects biomédicaux d'un problème mais que vous êtes, en tant que médecins de familles, les experts des aspects communautaires. Préparez-vous à aider vos collègues spécialistes à comprendre quelques unes des réalités de la médecine familiale communautaire et à travailler de concert avec eux pour trouver des solutions aux problèmes qui ne correspondent pas toujours aux théories des écoles de médecine mais qui sont souvent plus appropriées aux problèmes rencontrés.

Les consultants ne devraient pas être invités à participer à une réunion complète du PGBP. D'ailleurs, la plupart des spécialistes espèrent n'être là que durant la période de temps nécessaire pour répondre aux questions particulières du groupe 3. Plusieurs groupes ont aussi mentionné que la présence d'invités reconnus comme experts dans leur domaine restreint les aspects pratiques de la discussion du groupe.

Les autres invités

On doit envisager soigneusement les répercussions possibles lorsqu'on invite une personne qui n'est pas un professionnel de la santé. Le respect de la confidentialité du dossier des patients doit toujours primer chez les groupes qui font des discussions d'histoire de cas. Un invité qui n'est pas un professionnel de la santé peut briser ce lien de confidentialité et/ou inhiber les discussions candides du groupe ou encore, empêcher tout simplement d'en avoir.

Chaque fois que vous avez un invité dans votre groupe, il se peut que vous perdiez le contrôle de votre agenda éducatif. Cela est particulièrement vrai lorsque votre invité est commandité par une tierce partie. Chaque enseignant a son propre agenda éducatif et les tierces parties choisissent les enseignants dont l'agenda correspond le mieux au leur 4. Je ne suggère pas que les enseignants commandités par des tierces parties sont dénudés d'éthique. Je dis simplement que les enseignants présentent un point de vue qui a plus de chances de refléter le point de vue de leur commanditaire peu importe que ce commanditaire soit une organisation professionnelle ou une compagnie pharmaceutique.

Le facilitateur devrait toujours continuer son rôle de facilitateur même si l'invité est la personne la mieux placée pour répondre aux besoins de formation du groupe et, probablement, la plus qualifiée pour contrôler le processus et la dynamique du groupe. Dans un contexte de PGBP, les réunions d'un groupe qui sont animées par une personne autre que son propre facilitateur ou, en son absence par la personne désignée, ne correspondent PAS, par définition, à une activité Mainpro-C.

Exemple De Modules De Formation Commandites Par Une Tierce Partie

Nous avons eu de nombreuses demandes de groupes qui souhaitent obtenir des crédits Mainpro-C pour des programmes de formation sur la dépression développés et commandités par différentes compagnies pharmaceutiques. Parce que ce matériel a été développé hors du programme PGBP, les réunions où on étudie ce genre de matériel ne font pas partie du programme PGBP et ne permettent donc pas l'obtention de crédits MAINPRO-C.

Selon notre expérience, le matériel produit par ces programmes a, habituellement, un bon contenu scientifique mais ne fournit pas un contexte clinique approprié. Analysons les éléments suivants:

La plupart de ces formations partent du principe que la dépression clinique est «sous-diagnostiquée» donc «sous-traitée» en médecine familiale 5. Cette thèse est le principe à la base de la conception des programmes de formation sur la dépression offerts aux médecins de famille. Sans vouloir nier qu'il y a toujours de la place pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de la dépression dans un contexte de soins de première ligne, il existe certaines preuves que le standard de soin est assez élevé et que les possibilités d'amélioration se situent plus au niveau des barrières organisationnelles et pratiques à abattre que des connaissances du médecin à enrichir 6. Parce que les programmes de formation traditionnels sur la dépression offerts aux médecins de famille sont conçus et donnés par des spécialistes qui ne connaissent pas vraiment les problèmes de pratique à lesquels les médecins de famille sont confrontés, ils offrent donc peu d'opportunités d'étudier des aspects autres que la maladie elle-même.

La présentation et la prise en charge de la dépression sont complètement différentes si on est spécialiste ou médecin de famille 7. En médecine familiale, les patients déprimés qui viennent consulter n'ont pas reçu un diagnostic de dépression par quelqu'un d'autre et ne viennent pas consulter uniquement pour évaluer leur dépression. Les patients déprimés consultent, habituellement, parce qu'ils ont un autre problème sans lien avec la dépression par exemple, le diabète, l'hypertension, la fatigue, l'insomnie, etc. De plus, si le médecin tente de leur poser des questions sur l'état de leur santé mentale ou d'établir un diagnostic de dépression, il risque fort que son patient réagisse mal («Vous pensez donc que tout cela c'est dans ma tête, docteur!»). En outre, le temps de consultation est différent chez les spécialistes et les médecins de famille; c'est dix minutes au lieu d'une heure et chacun doit pouvoir faire le tour du problème dans le temps disponible. Ces différences ne doivent pas servir d'excuses pour maintenir le statu quo mais devraient plutôt faire ressortir le besoin de répondre à des problèmes basés sur la pratique qui constituent la réalité de la médecine familiale. Les stratégies conçues pour prendre en charge les problèmes de pratique des médecins sont nécessairement différentes si on doit considérer un seul ou tous les besoins en santé d'un patient et si on doit le faire en dix minutes ou une heure. Les stratégies développées pour faire face à ce type de problèmes sont mieux conçues par ceux qui connaissent vraiment le contexte d'une pratique familiale et les problèmes inhérents à ce contexte.

C'est cet aspect de contexte de pratique qui distingue, en général, les modules de formation PGBP des autres documents de formation abp. Le matériel de formation développé par l'industrie est, habituellement, conçu par un groupe de spécialistes et les problèmes discutés dans le matériel correspondent plus à ceux rencontrés par des spécialistes qu'à ceux rencontrés par des médecins de famille. Je sais que les comités de rédaction de ces programmes incluent souvent au moins un médecin de famille qui est sensé apporter son point de vue sur la pratique familiale, mais quant à moi, un seul médecin de famille dans un groupe de six ou huit spécialistes fait figure, au mieux, de médecin de service.

Dans le programme PGBP, tous les problèmes, les renseignements et les commentaires cliniques sont rédigés par des médecins de famille pour qu'ils reflètent le plus possible les problèmes rencontrés en pratique communautaire. Ils ont tous été conçus avec le principe que l'acquisition d'information scientifique n'est que le tout début d'un programme de formation et non une fin en soi. Le réel but que nous poursuivons est d'apprendre à appliquer ces «froides» données dans la «vrai» vie de notre pratique. Les problèmes présentés dans le PGBP sont conçus pour faire écho aux problèmes de pratique des participants et les encourager à parler de leurs propres problèmes cliniques plutôt que de discuter des vignettes cliniques des modules. C'est pourquoi les critères des crédits Mainpro -C ont dicté que le curriculum soit défini par des médecins de la communauté et les problèmes cliniques élaborés par des médecins de la communauté qui comprennent bien les problèmes pratiques à lesquels leurs collègues sont confrontés.

Dr John Premi
Directeur du programme PGBP

Références

1. Norman GR. Problem-solving skills, solving problems and problem-based learning . Academic Medicine 1988;22:279-286.

2. Hoey J. The one and only Mrs. Jones. CMAJ 1998;159:241-242.

3. Premi JN. Problem-Based Self-Directed Continuing Medical Education In a Group of Practising Family Physicians. J Med Ed 1988;63:484-486.

4 Stelfox HT, Chua G, O'Rourke K, Detsky A. Conflict of Interest in the Debate Over Calcium-Channel Antagonists. N Engl J Med 1998;338:101-106.

5 Agency for Health Care Policy and Research clinical practice guideline: Depression in Primary Care: Volume 1 Detection and Diagnosis 1993. U.S. Dept. of Health and Human Services.

6. Williams JW, Rost K, Dietrich AJ. Primary Care Physicians' Approach to Depressive Disorders. Arch Fam Med 1999;8:58-67

7. Schwenk TL, Klinkman MS, Coyne JC. Depression in the family physician's office: what the psychiatrist needs to know: the Michigan Depression Project. J Clin Psychiatry 1998:59 Suppl 20:94-100

Mise à jour le: 23-03-2007 15:06

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